
C’est officiel depuis le 31 mars : les filiales d’Afrique francophone du géant britannique de l’audit et du conseil PricewaterhouseCoopers (PwC) prennent leur indépendance. Dans un communiqué signé hier, Bouba Kaele, responsable marketing et communication de PwC Afrique francophone subsaharienne, a annoncé que ces firmes « se séparent du réseau PwC et opèrent désormais de manière indépendante ».
Selon ce responsable, PwC Cameroun générait un chiffre d’affaires de plus de 10 millions d’euros, soit environ 6,5 milliards de FCFA, et employait plus d’une centaine de personnes. Son portefeuille clients comprend des entreprises des secteurs bancaire, des télécommunications, de l’industrie manufacturière, de l’énergie et des hydrocarbures. Après cette séparation, PwC Cameroun « adoptera une nouvelle identité visuelle », précise-t-il.
« Les firmes d’Afrique francophone subsaharienne poursuivent leurs activités en tant qu’entités indépendantes afin de mieux répondre aux besoins de leurs marchés et de renforcer notre engagement envers nos clients », a-t-il ajouté. Pour éviter de perdre des clients au profit des autres géants mondiaux de l’audit-conseil présents au Cameroun, « le réseau PwC et les firmes d’Afrique francophone subsaharienne ont travaillé conjointement pour assurer une transition coordonnée et minimiser les perturbations. Des plans de continuité de service ont été mis en œuvre pour maintenir un engagement client constant et fiable ».
Désaccord
Concernant les raisons de cette séparation, PwC ne fournit aucune explication officielle. Cependant, des sources évoquent des tensions internes liées à des divergences stratégiques et à de profonds désaccords sur les conditions d’utilisation de la marque.
Au-delà du Cameroun, PwC Global se retire également de neuf autres pays : la Côte d’Ivoire, le Gabon, la République démocratique du Congo, le Congo, Madagascar, la Guinée, le Sénégal, la Guinée équatoriale et le Tchad.
Selon l’Agence Ecofin, cette séparation marque une contraction stratégique pour PwC, qui réduit ainsi sa présence en Afrique alors que plusieurs économies du continent affichent une croissance dynamique. Si les cabinets locaux bénéficient d’une meilleure connaissance des réalités régionales, ils ne rivalisent pas encore avec les firmes internationales en matière de capacités technologiques et de ressources multidisciplinaires.
Un marché de plus de 262 milliards de FCFA
L’Afrique subsaharienne connaît une forte expansion du marché du conseil, soutenue par une demande croissante des gouvernements et des entreprises privées. En 2018, Sami Rahal, alors directeur général de Deloitte en France et en Afrique francophone, estimait la valeur du marché du conseil en Afrique francophone entre 300 et 400 millions d’euros (environ 196 à 262 milliards de FCFA).
Les secteurs les plus demandeurs incluent les services financiers, la santé, les sciences de la vie, l’énergie et l’environnement, tandis que la transformation numérique et l’innovation jouent un rôle clé dans cette dynamique. En revanche, l’agriculture et les ressources naturelles restent encore sous-exploitées par les cabinets de conseil, bien qu’elles soient essentielles au développement économique de la région.
Ludovic Amara
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