Des bruits à la place du son. C’est l’ambiance qui prévaut depuis les premières heures de ce mercredi 2 avril dans l’univers musical camerounais. Poussé à bout, un collectifs d’artistes, organisé en un mouvement de protestation a agité les abords des services du Premier Ministre à Yaoundé. Ces musiciens camerounais y observent une grève, pour exiger le déblocage de 850 millions de FCFA, une somme qu’ils estiment retenue par la CRTV en dépit d’instructions présidentielles en leur faveur. Alors qu’ils jouent un rôle essentiel dans la culture et l’économie du pays, ils se sentent marginalisés par les autorités.
Les négociations répétées menées au ministère de la Communication n’ont pas abouti, poussant les manifestants à intensifier leur mouvement. Ils réclament une intervention directe du chef du gouvernement pour que leurs droits soient respectés. « C’est un scandale qui dure depuis trop longtemps », fulmine sous anonymat, un membre du collectif. « Nous avons épuisé, ajoute-t-il, toutes les voies de dialogue avec le ministère de la Communication, mais nous nous heurtons à un mur de silence et d’indifférence. »
Réaction du Gouvernement
Face à cette situation de tension croissante, le Premier Ministre a convoqué une réunion impliquant le ministère des Arts et de la Culture ainsi que des représentants des artistes. Cette rencontre vise à trouver une solution rapide et efficace à ce conflit, qui pourrait avoir des répercussions sur la scène culturelle du pays. Les artistes espèrent que cette mobilisation attirera l’attention des autorités sur leurs revendications légitimes et que des mesures concrètes seront prises pour débloquer les fonds dus.
Cette crise met à jour, les défis structurels du financement de la culture au Cameroun et pourrait déboucher sur une refonte complète du système de collecte et de redistribution des droits d’auteur dans le pays. L’issue de ces négociations sera déterminante pour l’avenir de toute une génération d’artistes camerounais qui voient dans ce combat une question de survie professionnelle. Reste à savoir si cette mobilisation parviendra à débloquer non seulement les fonds réclamés, mais aussi à instaurer une nouvelle ère de transparence dans la gestion des droits artistiques au Cameroun.
L’âge d’or
Chez les artistes, il existe une époque au Cameroun où ils étaient respectés et traités avec égards. Sur le plateau d’Info Tv, en avril 2024, l’artiste Petit Pays, n’avait pas mâcher ses mots pour faire des éloges de la période du premier président de la République du Cameroun. Il évoquait notamment la considération que celui-ci accordait aux artistes qui chantaient au palais. Une forme d’honneur et de reconnaissance, clamait le « Turbo d’Afrique ». « A l’époque expliquait-il, les artistes étaient invités pour chanter devant Ahmadou Ahidjo c’était un honneur et une reconnaissance. Aujourd’hui on ne voit plus ça. Du coup ça tire vers le bas le génie des aînés. Ils n’ont plus eu envie de faire la musique. Aujourd’hui ils sont découragés, alors qu’on devait les encourager comme avant. Il y’avait des festivals camerounais avant et les artistes chantaient devant Ahidjo ». Aujourd’hui, l’artiste camerounais est réduit à un animateur des veillées et des meetings politiques, regrettent plusieurs d’entre eux. A côté de ce manque de considération dont ils estiment être victime, il y a les éternels problèmes liés aux droits d’auteurs et droits voisins, et la piraterie. Un climat de plus en plus contreproductif pour le génie créateur et l’homme lui-même.